c )Première rencontre avec les Tigres Volants
A l'issue de ce violent combat, les hommes de Tateo Kato peuvent se targuer d'avoir rempli leur mission. Aucun des bombardiers dont ils ont assuré la protection n'a été descendu. Mais ils déplorent la perte de deux de leurs camarades: le lieutenant Hiroshi Okumura (Chû-i) et le sergent Shigekatsu Wakayama (Gun-sô). La campagne en Malisie se poursuit mais les combats aériens ne sont guère courants. Il est vrai que l'aviation alliée est très amoindrie. Ce manque récurrent de moyens tient au fait que la plus grande partie de la RAF - également engagée au Proche et au Moyen-Orient - est stationnée en métropole suite à la récente bataille d'Angleterre. Néanmoins, deux wings de Hurricane sont en route afin de renforcer la défense de Singapour.
Le 24 décembre les pilotes du 64ème Sentaï s'envolent de Kota Bahru et rejoignent Bangkok. Ils y passent la nuit et préparent le grand raid sur Rangoon qui doit avoir lieu le lendemain. En effet, le 25 décembre, ce sont près de 180 appareils nippons - ki21, ki27, ki30 et ki43 des 12ème, 31ème, 60ème, 62ème, 64ème et 77ème Sentaï - qui se mettent en formation avant de se scinder au-dessus de Burma. Le 64ème Sentaï doit assurer la protection des bombardiers du 12ème Sentaï, mais ce dernier se divise en deux groupes lorsque le leader des bombardiers, le colonel Kitajima (Taî-sa) , perd de la puissance et rompt la formation, suivi par 6 des 37 bimoteurs. Les pilotes de Kato doivent donc désormais assumer la couverture de deux groupes. Pendant ce temps, 13 P40 de l'AVG, plus connus sous la fameuse appellation des Tigres Volants, décollent de Mingaladon sous le commandement des Flt Leaders MacMillan et Dupouy. Le squad de MacMillan entame alors une patrouille au-dessus de la raffinerie de Syriam alors que celui de Dupouy reste en couverture de l'aérodrome.
MacMillan repère les ki 21 du 12ème Sentaï désoramis dirigés par Oura (Shô-sa) et leur escorte qu'il croit être des zéros; ce sont en fait les Hayabusas du 64ème Sentaï. Avec l'avantage de l'altitude, les pilotes américains foncent sur les japonais et parviennent à les disperser. Duke Nedman raconte: "Une balle du second bombardier sur ma gauche a percé ma canopée et frappé l'appui-tête. J'ai effectué un demi-tonneau et repéré un zéro qui séloignait. J'ai immédiatement entrepris un virage pour couper sa trajectoire et ouvert le feu à une distance de 300 yards (275m). Il a explosé du premier coup et ses débris se sont éparpillés" Hedman est à son tour attaqué. Il effectue de nouveau un demi-tonneau et pique dans les nuages qu'il ne quitte plus, poursuivant sa navigation aux instruments. Il n'est pas le seul Tigre Volant à revendiquer une victoire. Ainsi Dupouy, après avoir effectué une passe frontale face à deux ki43 - des bf109 selon lui, suit sa victime qui se crashe dans les marais. Ayant aperçu le combat, des pilotes du 64ème Sentaï se ruent à son attaque mais ne parviennent pas à l'abattre. "Les 1ers et 2nd Shotaï n'ont pas respecté la consigne de suivre les bombardiers et quitté la formation après que les bombardiers aient largué leurs bombes. Ils ont engagé le combat en dépit des ordres" déplore Yohei Hinoki (Chû-i ). Kato aperçoit alors ce groupe de bombardiers dépourvu d'escorte. "J'étais très inquiet. J'ai mis plein gaz à leur rencontre. En chemin, j'abattis deux ou trois chasseurs ennemis" (sic !). Une de ses victimes est le pilote Eddie Overend au secours duquel MacMillan se porte en vain. Ce dernier, trompé par la brusque manoeuvre défensive de Kato croit avoir descendu l'Hayabusa. L'opiniâtre leader des Tigres volants tente une dernière fois d'attaquer les ki21 mais son squadron est repoussé par les pilotes du 64ème Sentaï.
Formation de P40 warhawk de l'AVG
Les P40 à l'attaque des ki21 lors du raid sur Rangoon
Le 9 janvier 1942, le 64ème Sentaï quitte Kota Bahru pour prendre ses nouveaux quartiers à Ipoh d'où ses pilotes pourront plus rapidement parvenir sur le nouvel objectif assigné à l'Armée impériale: Singapour, dont la forteresse est réputé imprenable.
III) Combats pour Singapour
Takayama bat des ailes et mène ses pilotes à l'attaque. Ils sont bientôt rejoints par les autres Shotaï en vol. Le sergent-chef Yoshito Yasuda (Sô-chô )se souvient: "J'observais l'avion de notre Shotaïsho. Soudain, je le vois battre des ailes. C'est le signal de l'attaque ! A plein gaz, presque verticalement, nous descendons. Ce sont des Buffalo. J'essaie de choisir un adversaire mais il est difficile d'en cibler un dans ce genre de combat. Je vois de la fumée et des flammes partout autour de moi et l'immense jungle verte en-dessous. Enfin, j'ai tout de même une opportunité de tir et j'ouvre le feu à 50 m. L'ennemi effectue une violente manoeuvre évasive mais je suis toujours là, derrière lui et je vois mes balles atteindre son gouvernail. Tout à coup, le Buffalo se retourne et, fumant, s'écrase au milieu de la jungle." Bien que surclassés, les pilotes britanniques se défendent avec acharnement. Tadao Takayama trouve la mort lors de cet affrontement. Quant aux pilotes nippons, ils revendiquent 11 victoires sûres et 4 probables. Trois sont créditées à Takayama, deux à Katsuni Anma (Taï-i ) et une respectivement aux sergent-major Kato , Yoshito Yasuda et Myushi Watanabe (Sô-cho), ainsi qu'à Oizumi , Yohei Hinoki et Shogo Takeuchi (Chû-i ). En réalité, "seuls" 5 buffalo sont détruits et 4 autres sérieusement endommagés. Quant aux pilotes australiens, ils déclarent s'être battus contre des Bf 109 ! Rentré de mission, Kato écrit dans son journal: "Aujourd'hui, nous avons rencontré 15 chasseurs ennemis et aucun n'en a réchappé. J'ai confiance en notre supériorité". Il ne reste désormais plus que 3 buffalo disponibles au 453 Sqd. Le lendemain, cette unité reçoit l'ordre de se replier. La RAF disparaît de la Malaisie du nord et pour elle, tout va désormais se dérouler depuis Singapour et ses terrains d'aviation qui servent de refuge aux unités combattant en Malaisie du nord.
En 1942, l'obsolète biplan Vildebeest est encore en service opérationnel au sein de la RAF
La campagne débute de manière dramatique. Le 12 janvier, un pilote percute au décollage un autre Hayabusa et provoque ainsi un accident dont les conséquences sont lourdes. Non seulement les quatre appareils sont détruits mais deux pilotes meurent et deux autres sont gravement blessés. Le lendemain, la présence du 64ème Sentaï est néanmoins requise pour assurer l'escorte d'une formation de bombardiers. S'ensuit un combat opposant les japonais à 6 Buffalo du n°243 Sqd qui évoluent en ordre dispersé suite à un décollage en alerte sous une grosse pluie. Le Flt Lt Garden raconte: " Devant moi, j'ai vu quelques monomoteurs japonais dont les pilotes ne semblaient pas m'avoir aperçu. Ils s'entrainaient et simulaient des attaques. J'en ai choisi un. A cet instant, le japonais m'a repéré et entamé un long virage serré mais je suis parvenu à rester dans ces six heures et à lui infliger des dommages. Il a fumé et plongé au sol." Au cours de ce combat, le capitaine Anma (Tai-i) abat le Buffalo du Sgt Russel Reynolds. Le 17 janvier, neuf vieux biplans Vildebeest et leur escorte constituée de six Buffalo attaquent une concentration de troupe.
a) Des combats plus intenses